En cette fin d'année 2024, le petit monde des échecs est de nouveau sur le devant de la scène médiatique grâce à Magnus Carlsen. Le meilleur joueur mondial s'est distingué en commettant une entorse au code vestimentaire imposé par la Fédération internationale lors du championnat du monde de parties rapides se déroulant à New York. Le Norvégien qui fût mannequin pour une marque néerlandaise de vêtements il y a quelques années est pourtant très attentif à son apparence. Malgré une chemise et une veste bleu clair assorties, le port d'un jean a provoqué le courroux des arbitres qui lui ont infligé une amende de 200 $ et intimé l'ordre de se changer sous peine de ne pas être appareillé à la ronde suivante. Dans ce même tournoi, l'ancien candidat au titre mondial, le Russe Ian Nepomniachtchi a du aussi s'acquitter d'une amende pour la même raison. Irrité par l'inflexibilité des arbitres, Carlsen (34 ans) s'est dit fatigué par l'application stricte du règlement : "Je suis trop vieux (sic !) pour me prendre la tête, c'est devenu une question de principe". Il a quitté le championnat de parties rapides et annoncé qu'il ne participerait pas au championnat du monde de blitz, deux compétitions dont il est le tenant du titre. Ainsi sont les divas.
La Fédération internationale recommande le code vestimentaire "Smart Business Attire" bien connu des cadres occidentaux dans le milieu professionnel. Même si chacun sait que l'habit ne fait pas le moine, ce code alliant professionnalisme et confort permettrait "une expression individuelle tout en maintenant un certain niveau d'élégance constant".
Dans sa grande mansuétude (peut-être aussi pour préserver le prestige de la compétition), la Fédération internationale a infléchi sa décision en précisant que des écarts mineurs comme le port d'un jean élégamment assorti à une veste était désormais permis. Pure coïncidence sans doute mais cette description correspond étrangement à la tenue portée par le contrevenant.
La justice partiale des puissants était déjà dénoncée par Jean de la Fontaine : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cours vous rendront blancs ou noirs" extrait de la fable "Les animaux malades de la peste".
Magnus Carlsen a lui aussi fait un pas vers la réconciliation en adoucissant sa position : il participera au championnat du monde de blitz.
La Fédération internationale est dans son rôle lorsqu'elle défend l'image des échecs auprès du grand public. L'apparence vestimentaire des joueurs contribue à la valorisation du jeu. Il est louable de bannir les tenues négligées faisant ressembler certains joueurs à des vagabonds à l'hygiène douteuse. Un code vestimentaire strict est toutefois difficile à établir car les modes, les traditions et la notion d'élégance diffèrent d'une région du monde à une autre. L'excentricité de certaines tenues n'est pas synonyme de misérabilisme comme l'atteste le monde artistique friand d'extravagance. Souhaitons bon courage aux arbitres pour interpréter toutes les nuances du règlement !
Le "Jeangate" a été évoqué dans la Matinale de France Inter et de nombreux journaux nationaux ont repris l'information. Cette polémique futile apporte un peu de légèreté dans un monde où des guerres déciment les populations et où des catastrophes naturelles dévastent certaines régions.
Le championnat du monde de parties rapides a sacré Volodar Murzin, jeune Russe de 18 ans. Les quadragénaires Alexander Grischuk et Lenier Dominguez ont brillé en occupant respectivement la seconde et quatrième place. L'Indienne Humpy Koneru a remporté la compétition réservée aux femmes.